Réflexions sur le COVID-19 basées sur la pensée classique de l’école du soutien du yang (fuyang xueshu liupai 扶阳学术流派)

 

Auteurs : Wu Wendi, Jiang Liyun, Zhou Ruicai, Yang Yihao, Xu Yunxiao, Ji Yueqing (Hôpital de médecine chinoise de Kunming, Chine). Publié le 25/02/2020

Traduction : Pascal Josse (Institut Chuzhen, Paris, France)

 

Note de l’auteur :

Cet article ne reflète en aucun cas l’avis général ou national concernant le COVID-19, mais simplement une approche basée sur la réflexion et l’expérience clinique de l’auteur.

Note des relecteurs :

La traduction que nous proposons tente de rendre au maximum la pensée de l’auteur, mais n’étant ni infectiologue ni virologue, nous prions le lecteur de se concentrer surtout sur l’aspect médecine chinoise et de considérer que les approximations possibles quant au mécanisme d’action du virus en termes de biomédecine sont avant tout imputables à nos connaissances limitées en la matière.

 

Résumé :

Suivant le mode de pensée de l’école du soutien du yang, cet article tente d’aborder le COVID-19 à partir de la tempête de cytokines se déclenchant à son contact, ainsi qu’à partir des caractéristiques des toxines épidémiques de type froid-humidité, ou encore sous l’angle des règles de transmission et modifications selon le système des six méridiens, tout en proposant des réponses de traitement et de prévention.

 

Concepts clés :

Coronavirus ; COVID-19 ; tempête de cytokines ; facteurs épidémiques de type froid-humidité ; double atteintes de froid ; théorie du soutien du yang.

 

Contexte

Le nouveau coronavirus COVID-19 a commencé à sévir fin 2019 dans la ville de Wuhan pour se répandre à toute la Chine et toucher aujourd’hui le monde entier. Ces derniers jours en Chine le nombre de nouveaux cas continue de diminuer, et ce pour le bonheur de tous. Cependant dans un même temps, le nombre de cas mortels, toujours au sein du pays, ne cesse de croître. A cette date (25.02.2020), on dénombre 2666 personnes décédées suite au virus, ce qui correspond à 3,43% des cas diagnostiqués. La cause principale des décès lié au COVID-19 réside surtout dans la tempête de cytokines provoquée par l’agression du virus. La médecine occidentale n’a, à ce jour pas encore mis au point de traitement efficace, et s’en tient principalement à des traitements à base d’anti-inflammatoire spécifiques, de soutiens nutritifs ou de traitements à visée symptomatiques. Ainsi donc la capacité à pouvoir contrôler la virulence du COVID-19 constitue le point clé déterminant l’évolution et le pronostic des patients. Face à ce facteur inflammatoire, le système immunitaire passe d’un état d’activation à l’étape initiale, à une hyperactivité à l’étape médiane, jusqu’à la neutralisation à l’étape finale. Dans la réflexion de l’école du yang, ce processus correspond à la lutte du qi droit (yangqi 阳气) contre la perversité. Plus précisément, il correspond à la lutte entre le yangqi et le yin-froid pervers (yinhanxie 阴寒邪). Ce processus pathologique est abordé dans la théorie de la médecine chinoise sous l’angle de la transmission selon les six méridiens (liujing chuanbian六经传变), de la double atteinte taiyang-shaoyin (taishao lianggan 太少两感), ou encore de l’échappement du yang du shaoyin (shaoyin yangtuo 少阴阳脱) etc… L’auteur va présenter ces différents points à partir du raisonnement classique de l’école du soutien du yang, en espérant faire ressortir une approche profitable à la théorie médicale chinoise mais aussi et surtout apporter une contribution au traitement et à la prévention du COVID-19 avec la pharmacopée chinoise.

 

Aborder la tempête de cytokines du COVID-19 par rapport au concept du qi droit selon l’école du soutien du yang

 

Le Professeur Wu Peiheng吴佩衡, représentant de l’école du soutien du yang, considère que le qi droit (zheng qi 正气) du corps prend sa source dans le feu de mingmen  (命门火), stocké au niveau des reins. Et c’est justement ce feu de mingmen ancré à l’intérieur de l’eau des reins qui va permettre la vaporisation des liquides et la transformation du qi (huaqi 化气), il est à l’origine du yangqi de tout le corps. Tout commence donc à partir de cette racine, à partir de laquelle le yangqi va circuler sans cesse dans chaque partie du corps, pour constituer finalement le yangqi de toutes les régions allant des organes aux méridiens en passant par le triple foyer, les muscles, la peau, etc … Le yangqi des diverses régions va exprimer des fonctions différentes, c’est pourquoi il est parfois nommé autrement : le yangqi des 5 organes et 6 entrailles (wuzang liufu zhiqi 五脏六腑之气), le qi des méridiens (jingqi 经气), le qi primordial (zongqi 宗气), le qi défensif (weiqi 卫气), le qi nutritif (yingqi 营气), etc… La production et la circulation de l’essence (jing 精), du sang (xue 血) et des liquides organiques du corps (jinye 津液) s’appuient elles aussi sur le réchauffement, le mouvement et la transformation apportés par ce yangqi présent partout, c’est le sens de la phrase : « lorsque le yang nait, le yin croit (yangsheng yinzhang 阳生阴长), lorsque le yang meurt [diminue], le yin se stocke [se cache] (yangsha yincang 阳杀阴藏) ». C’est pourquoi l’association entre le yangqi des différentes parties du corps et les différentes fonctions constitue le qi droit du corps (zhengqi 正气).

La tempête de cytokines renvoie à la réponse immunitaire exacerbée de l’organisme contre le facteur pathogène, pour finalement évoluer vers un processus pathologique inflammatoire endommageant tout le corps. La tempête de cytokines conditionne l’évolution vers des formes graves voire fatales. Le mécanisme sous-jacent à la réponse immunitaire trouve alors un reflet dans le processus de lutte entre l’énergie yang (yangqi) et la perversité (xieqi).

Le facteur pathogène, en pénétrant dans le corps et en conduisant à l’activation de la réponse immunitaire, stimule l’inflammation et en même temps provoque la libération de cytokines, qui induira une nouvelle inflammation, etc. Dans un tel cercle vicieux, et parce que les fonctions du système immunitaire deviennent hyperactives et désordonnées, la réaction inflammatoire ne cessera de s’amplifier, faisant alors rentrer le processus pathologique dans une phase immunosuppressive. Le processus inflammatoire excessif ou continu conduit alors à un dérèglement important des réactions immunitaires pouvant conduire à une défaillance multi viscérale et évoluer vers la mort. A cette étape finale, l’organisme est désorganisé et présente non seulement une hyper-réaction immunitaire et en même temps une diminution des fonctions immunitaires. Un tel phénomène contradictoire, vu sous l’angle de l’école du soutien du yang, est le résultat de la lutte de l’énergie droite du corps (yangqi) avec le facteur pathogène épidémique. Dans ce processus pathologique, le yin-froid pléthorique continue sa pénétration en profondeur et son combat contre le yangqi. Au cours de cette lutte, le yangqi se retrouve en position d’infériorité, à l’instar de l’armée n’arrivant pas à vaincre l’ennemi au cours d’une bataille. L’énergie droite zhengqi ne peut triompher du facteur pathogène (pervers). L’issue s’oriente alors vers une consomption progressive du yang, une abondance de yin, un échappement du yang et finalement la mort. C’est pourquoi dans les cas graves ou létaux de la maladie, une fièvre basse voire même une absence totale de fièvre peuvent apparaître, ce qui concorde avec les syndromes graves de la médecine chinoise où le yin-froid domine sans aucune chaleur présente.

 

Concevoir le processus pathologique du COVID-19 à partir du diagnostic différentiel basé sur le rapport entre le yangqi (droit ) et la perversité épidémique de type froid-humidité (pervers ) selon l’école du soutien du yang

 

Selon la pensée classique de l’école du soutien du yang, cette explosion du COVID-19 dans notre pays, son processus pathologique et son évolution peut se voir à travers la lutte entre l’énergie droite – et plus précisément le yangqi du corps – et une énergie perverse épidémique de type froid-humidité hanshi yixie 寒湿疫邪.

En s’appuyant sur une analyse de la théorie des cinq mouvements et six qi (wuyun liuqi 五运六气) mentionnée dans le Huangdi neijing 黄帝内经, la période d’apparition du COVID-19 coïncide avec la 6ème énergie de l’année 2019. En effet 2019 était une année Ji 己 Hai 亥 avec un mouvement principal (zhuyun 主运) de terre insuffisante (tuyun buji 土运不及), engendrant nécessairement une entrave par l’humidité. De plus, le moment d’apparition du virus correspond à la 6ème période (6ème qi) de l’année, à savoir celle de l’eau froide du taiyang (taiyang hanshui 太阳寒水). Par ailleurs, la région de Wuhan et du Hubei essuyaient depuis une assez longue période un temps très pluvieux. En se basant sur ces faits et sur l’approche de la médecine chinoise classique des wuyun liuqi, émerge inévitablement l’idée que ce virus a les mêmes caractéristiques que le froid-humidité pathogène (hanshi zhixie 寒湿之邪). Ceci semble tout à fait conforme à l’observation des signes cliniques (langue, pouls, symptômes) et fait dire à l’auteur qu’en termes de médecine chinoise, cette épidémie appartient à une maladie épidémique de type froid-humidité (hanshiyi 寒湿疫 ), conclusion que partage la plupart des spécialistes dans ce domaine.

L’école du soutien du yang va prêter une attention particulière à l’observation des changements d’état (excès/déficience) du yangqi une fois la maladie déclarée. Elle considère en effet que la force du yangqi de l’organisme joue un rôle déterminant lors du déclenchement, de l’évolution de la pathologie et dans le pronostic des maladies liées aux pathogènes yin-froid. Chez une personne au yangqi robuste, l’apparition de la maladie se manifeste par des signes légers, un processus pathologique court, un pronostic favorable. Si au contraire le yangqi est faible le patient va présenter des signes forts, une aggravation rapide ou un processus long qui ne guérit pas, avec un pronostic réservé. Si ce COVID-19 appartient aux maladies épidémiques de type froid-humidité, il en a alors le pouvoir d’endommager le yangqi par ses deux facteurs pervers de type yin. La perversité humidité, de par sa nature lourde et collante, stagne facilement dans le corps et s’en extrait difficilement ; la perversité froide, par son caractère congelant/bloquant et contractant, va aggraver le côté inextricable de l’humidité. A cela s’ajoute la particularité du facteur épidémique lui-même, à savoir un pathogène très virulent, une transmission et une évolution rapide. Ainsi, les spécificités de cette épidémie du COVID-19 sont : des caractéristiques identiques à celles des perversités du froid-humidité, une forte contagiosité, un fort caractère pandémique, une réelle difficulté à  être évacuées de l’organisme une fois y avoir pénétré. C’est pourquoi sont apparus des cas de patients sortis guéris de l’hôpital avec des tests positifs révélant encore la présence d’acides nucléiques [du COVID-19]. Dans un même temps le virus de type froid-humidité va facilement léser le yangqi au sein de l’énergie droite (zhengqi). Or le Suwen, Yinyang yingxiang dalun 素问,阴阳应象大论 affirme : « à 40 ans, le yinqi remplit de lui-même la moitié du corps, le quotidien s’en trouve affaibli ». Les personnes âgées ont très généralement les caractéristiques physiologiques d’un yangqi insuffisant,  c’est pourquoi on trouve plus de cas graves et mortels chez les personnes âgées.

Pour synthétiser cette réflexion, on peut considérer que le processus pathologique de cette maladie n’est que le reflet de la lutte entre le yangqi du corps et le facteur épidémique du type froid-humidité. En 2019, l’approche spatio-temporelle des 5 mouvements et des 6 énergies (yunqi) considère cette année en « terre insuffisante » avec l’humidité qui vient « endormir » le centre et dont le qi principal correspond à l’eau froide de taiyang. Les organismes qui contractent le COVID-19 doivent alors faire face à une perversité toxique épidémique de type froid-humidité et déclenchent alors une maladie d’excès de froid-humidité pathogène, contagieuse, à fort caractère pandémique, qui va difficilement s’extraire de l’organisme, et endommagera très facilement le yangqi. En raison de cet excès de qi pathogène, le qi droit (principalement le yangqi) sera gravement endommagé, rendant alors les changements extrêmement rapides, surtout parmi la population âgée elle-même déjà en relative insuffisance de yangqi. Suivant la déficience du yang et l’excès de yin, le droit ne peut vaincre le pervers, défaite qui conduit à un échappement de yang.

 

Aborder les caractéristiques des transformations pathogéniques du COVID-19 à partir du mécanisme pathogénique de la double atteinte du froid, selon l’école du soutien du yang

 

Selon le Professeur Wu Peiheng, lorsque le froid pathogène agresse le corps, il endommage surtout le yangqi. L’humidité, elle, tout en produisant les mêmes effets, va manifester ses caractéristiques collantes et stagnantes. Ainsi l’association de ces deux perversités va endommager de façon continue le yangqi de l’organisme. Le froid-humidité (pathogène) va pénétrer par le taiyang et si cette perversité stagne sans être évacuée, elle va assez rapidement blesser le yangqi du shaoyin avec qui le taiyang est en relation superficie-profondeur, faisant évoluer la situation vers une double atteinte tai-shao par le froid. Actuellement, l’auteur considère donc le COVID-19 comme une double atteinte par le froid. Le programme de diagnostic et traitement du COVID-19 promulgué par le Conseil de santé publique en est à ce jour à sa 6ème réédition. Dès la première édition et jusqu’ à la 6ème, les signes cliniques décrits sont pour ainsi dire inchangés : fièvre, toux et fatigue sont les manifestations principales ; les cas légers manifestent seulement une fièvre basse et une légère fatigue, sans signe de pneumonie. Force est de constater que la fièvre et la fatigue sont les signes communs aux patients atteints de COVID-19, aussi bien dans les cas typiques que dans les plus bénins. Ceci est tout à fait en accord avec le Traité des blessures par le froid (Shanghanlun 伤寒论), au chapitre des maladies de shaoyin, dans lequel sont décrits les syndromes de double atteinte tai-shao : « lors d’une maladie de shaoyin, à ses débuts, il y a au contraire fièvre, le pouls est profond, mahuang fuzi xixin tang traite cette situation ». Or si l’on considère le COVID-19 comme une maladie épidémique de type froid-humidité, la perversité externe attaque en premier lieu l’organisme par le méridien taiyang. C’est pourquoi en dehors de ces manifestations principales à l’étape initiale, peuvent apparaître des signes d’un syndrome de superficie du taiyang tels que nez bouché, écoulement nasal, douleur de gorge, douleur musculaire, etc. Cependant, étant donné les caractéristiques virulentes des toxines épidémiques de type froid-humidité, les agents pathogènes vont séjourner et difficilement s’extraire de la superficie du taiyang et en revanche très facilement endommager le yangqi. Or le shaoyin est en lien superficie-profondeur avec le taiyang, c’est également la racine du yangqi du corps, c’est pourquoi en cas d’endommagement du yangqi par ces toxines épidémiques froid-humidité, le système shaoyin devient le lieu ou inévitablement se manifestera la déficience de l’énergie droite.  Ceci en accord avec le principe suivant : « la perversité se rassemble là où l’énergie droite est vide (et profite de ce vide) ». Les toxines épidémiques vont alors rapidement se transmettre au shaoyin, laissant émerger une situation de double atteinte taishao par le froid. Suivant l’évolution du processus pathologique – et avec lui la lutte entre le qi droit et le qi pervers – la perversité va prendre le dessus, les toxines épidémiques froid-humidité vont s’enfoncer à l’intérieur et affaiblir progressivement le yangqi. Dans cette situation critique les signes d’un syndrome d’échappement du yangqi pourront émerger. Ceci est visible lors des phases finales de la maladie ou l’on voit apparaitre des situations virulentes avec des syndromes de détresse respiratoire, de septicémie, d’acidose ou de dysfonction de la coagulation sanguine ainsi que des défaillances multi viscérales. A ce jour, les recherches concernant cette maladie montrent un endommagement potentiel du cœur et des reins, conduisant à leur défaillance fonctionnelle, raison principale des syndromes graves et mortels. Le cœur et les reins constituent ensemble le système du shaoyin, et ceci est en accord avec syndrome de transformation en froid des maladies de shaoyin, avec abondance de yin et potentiellement échappement du yang. Pour une petite fraction des malades, en même temps que les signes du méridien du taiyang, coexiste de la diarrhée que l’on peut comprendre par la robustesse du yangqi du corps de ces patients – la situation évolue non pas vers une double atteinte taishao mais plutôt vers une maladie combinée taiyang-yangming. Dans tous les cas, le yangqi du corps finira par subir un fort endommagement. Vide de yang et excès de yin semblent donc correspondre à l’ensemble du processus pathologique du COVID-19.

 

Faire émerger une réflexion sur le traitement et la prévention du COVID-19 selon la vision de l’école du soutien du yang

 

Ainsi l’agression de l’organisme par les toxines épidémiques de froid-humidité du COVID-19 crée une situation de double atteinte tai-shao de froid puis, suivant l’évolution du processus pathologique, endommage rapidement l’énergie droite du corps (principalement le yangqi) pour finalement conduire vers une transformation en froid du shaoyin avec abondance de froid et échappement de yang. A partir de ces données, saisir l’état du yangqi du corps, c’est garantir la possibilité de lutte avec ces toxines épidémiques froid-humidité et permettre à l’énergie droite de vaincre. C’est le véritable point clé du traitement et de la prévention du COVID-19. Or la spécificité même de l’école du soutien du yang est, comme son nom l’indique, de prêter tout particulièrement attention au yangqi, qu’il soit issu du ciel antérieur ou postérieur. D’un point de vue clinique cela est rendu possible par l’usage coutumier de produits qui réchauffent et soutiennent le yangqi tels jiang, fu, gui, etc. Ce qui permet alors à l’organisme de résister à ces perversités froid-yin. Il est écrit dans le Huangdi neijing Suwen Relun 黄帝内经,素问,热论 : « Lorsque l’homme est blessé par le froid, la maladie présente alors de la chaleur (fièvre), et bien qu’elle puisse être forte, la situation n’est pas mortelle. Par contre une maladie qui se déclenche suite à une double atteinte par le froid, elle, conduit inévitablement à la mort ». Et c’est ce dont fait état Zhang Zhongjing 张仲景 dans l’introduction du Shanghanlun, relatant le fait que parmi les nombreuses personnes de son clan – plus de 200 au départ – les deux tiers ont été décimées en moins de dix ans, dont sept sur dix à cause d’une attaque par le froid. A partir de ces deux passages issus des textes classiques, il est aisé de constater que dans le diagnostic basé sur les six méridiens élaboré par Zhongjing, une double atteinte par le froid engendre un taux de mortalité très élevé. Ceci laisse apparaître dans un même temps des points communs avec le COVID-19 tant sur sa contagiosité élevée que sur l’importance du taux de mortalité. C’est dans un tel contexte de perte de sa propre famille que Zhang Zhongjing, en s’évertuant à synthétiser l’expérience et les connaissances des anciens, a élaboré le système de diagnostic des six méridiens à l’intérieur duquel a été composée la formule mahuang fuzi xixin tang pour venir répondre à ces syndromes graves de double atteinte du tai-shao par le froid. On y retrouve fuzi, dont la fonction permet de restaurer le yang et sauver de l’inversion, remède primordial pour réchauffer et soutenir le yangqi du corps, et notamment réchauffer le yang du shaoyin cœur/rein – un des meilleurs ingrédients pour empêcher l’échappement du yangqi de ces deux organes. Xixin, lui, peut disperser le yin-froid du shaoyin afin d’éviter que celui-ci ne blesse le yangqi du shaoyin, et mahuang permet d’expulser ce froid pathogène à travers la superficie du taiyang. Ensemble ils conduiront à stabiliser l’énergie droite tout en chassant l’énergie pathogène. L’auteur ose affirmer que cette formule, tout en chassant les toxines épidémiques du froid-humidité, permet de réellement protéger et consolider le yangqi du shaoyin cœur/rein, empêchant par là même l’échappement du yangqi. Elle peut donc à la fois soutenir l’énergie droite et chasser l’énergie pathogène et constitue donc une formule de base pour traiter ou prévenir avec efficacité le COVID-19. Quant aux situations graves de COVID-19, caractérisées par la défaillance multi viscérale causée par  la tempête de cytokines – et donc par la coexistence de toxines épidémiques avec une extrême faiblesse du yangqi, voire son échappement – il est alors surtout nécessaire de s’appuyer sur la grande méthode visant à réchauffer le yang et soutenir l’énergie droite afin de faire face à ces situations cliniques proches d’un échappement et épuisement du yangqi. Ainsi donc, toutes les formules de la catégorie sini (sinibei 四逆辈) pour faire revenir le yang et sauver de l’inversion, très largement employées par l’école du soutien du yang (Sini tang, Baitong tang,Tongmai sini tang, Da huiyang yin), peuvent-elles constituer le socle de base pour aborder ces syndromes sévères du COVID-19.

Conclusion

 

Le COVID-19 est un virus jusqu’ici inconnu au sein de l’humanité contre lequel la biomédecine n’a pas encore trouvé de remède, même si elle s’efforce par tous les moyens à découvrir de nouveaux médicaments antiviraux. En revanche, le type de coronavirus à l’origine du COVID-19 n’émerge pas soudainement du néant mais existe bel et bien dans le monde naturel et coexiste donc avec l’homme sur terre sans doute depuis de nombreuses années. Il vit à nos côtés dans ce même espace-temps du yin yang, des quatre saisons et des différents moments de la journée. Or la théorie, les méthodes, les formules et les remèdes propre à la médecine chinoise (li fa fang yao 理法方药) trouvent leur origine dans la culture chinoise, laquelle se fonde justement sur la conception de « l’union du ciel et de l’homme tianren heyi 天人合一 », qui caractérise le mieux les connaissances des liens existants entre l’homme et les dix mille choses comprises entre ciel et terre (y compris toutes sortes de bactéries et virus). Nous sommes certains qu’il est non seulement possible pour cet épisode de COVID-19 mais également pour d’autres agressions à venir par de nouveaux virus ou bactéries de trouver des réponses efficaces dans la médecine chinoise, sans pour autant avoir besoin comme le faisait Shennong de « goûter les cent plantes ».

Comme le relatait si bien le professeur Zhu Weiju 祝味菊, représentant de l’école du soutien du yang et auteur du  Shanghan zhinan 伤寒质难 : « Concernant l’apparition des maladies, les causes restent obscures pour la grande majorité d’entre elles, et vouloir se pencher sur chacune des causes spécifiques, s’efforcer à rechercher pour chacune d’elle un remède efficace et ce, alors que nos forces restent limitées face à l’observation des transformations infinies, reste un comportement semblable à la bonne volonté de l’œuvre de Yugong et à l’inatteignable saveur des œuvres de Zhuangzi et Laozi ».  C’est ce que le Yijing Xici (Shang) 易经 系辞(上) définit ainsi : « Le changement est la norme du fonctionnement du ciel et de la terre, c’est pourquoi il est le grand principe qui imprègne ciel et terre ». L’auteur espère que ces quelques réflexions fondées sur le mode de pensée de l’école du soutien du yang seront utiles aux artisans de la médecine chinoise pour aborder les traitements et les méthodes de prévention de cette maladie par l’utilisation de la pharmacopée chinoise pour faire face à cet épisode actuel du COVID-19. Il est bien entendu que ce raisonnement naissant ne peut que souffrir d’incomplétude, aux lumières avisées de venir éclairer les insuffisances ou erreurs. Je crois fort en la capacité de la Chine de venir à bout totalement de cette maladie.

Annexe : représentation des 6 énergies – liuqi en 2019